La fin du monde, une rétrospective
                                                                            

Hier, le Web est mort

Hier, le Web est mort dans une relative indifférence. Il y a quelques jours, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux étaient critiqués pour avoir laissé se propager de « fausses informations », en direction des électeurs de Trump. Facebook a été particulièrement critiqué et Mark Zuckerberg n’a pas caché sa gêne. Apparemment l’algorithme était prêt, disponible, mais il n’a pas été implémenté de peur d’être ensuite accusé d’avoir été partisan durant la campagne électorale, courant le risque de graves représailles. La première société à s’être repentie et à annoncer la mise en place de filtres fut Google. Le problème est qu’aujourd’hui a été annoncé la participation de Google à l’équipe de transition de Donald Trump. Cela ne devrait pas nous surprendre.

Trump fait des listesL’an dernier, dans une interview donnée à Steve Bannon pour le site néo-nazi BreitBart News, Donald Trump a admis qu’il aurait, avec la Turquie, « un petit conflit d’intérêt parce que, j’ai un énorme building à Istanbul, c’est une réussite phénoménale. Ça s’appelle Trump Towers, deux tours au lieu d’une habituellement, deux. » Google, Facebook, n’ont pas deux tours aux Etats-Unis, ils y ont le cœur de leurs empires. Et si vous imaginiez encore ces compagnies comme, je ne sais pas, ouvertes, « libérales » au sens anglo-saxon du terme, rappelez-vous que pour les Jeux Olympiques de Pékin en 2008, Google avait fourni à une des pires dictatures au monde le logiciel nécessaire au traitement des informations émanant des caméras de surveillance qu’elle souhaitait pour et uniquement pour, bien sûr, assurer la sécurité des jeux. Nos ennemis font des listes, ils l’ont dit. Si vous n’avez pas de mémoire, faites-en aussi. Que le capital n’ait pas de mal à s’accommoder d’un système fasciste, ce n’est pas surprenant, cela fait partie de la définition même du fascisme.

Ce qui aurait dû attirer notre attention en revanche, c’est que la mise en place d’algorithmes filtrant « automatiquement » les informations fausses soit souhaitée par tous. Comme si cela allait de soit qu’un algorithme puisse détecter une fausse information. Comme si cela allait de soi que cela ne vaudrait, évidemment, que pour les sources d’information de l’ennemi et non pas, comme il semble nettement plus probable, les sources d’information qui vont à l’encontre des intérêts de sociétés privées qui les implémentent, et qui n’ont à répondre à personne à part aux maîtres qu’ils se sont eux-mêmes choisis. Pour reprendre l’analogie de la Chine, comme s’il était naturel pour des dissidents chinois de partager des informations centralisées sur un serveur situé en Chine. A ce niveau d’incohérence et d’absurdité, autant baisser les bras tout de suite.

Nous allons devoir nous habituer très vite à trouver et à partager nos informations autrement qu’à travers les réseaux sociaux, dont les méthodes laissaient déjà grandement à désirer. Nous n’y partagerons définitivement plus que des photos de chatons et des citations imbéciles sur fond rose, du genre « dans l’adversité, l’amour triomphe toujours », écrit dans une typo calligraphique. Pour le reste, nous allons d’abord devoir revenir au Web « 1.0 », à nous rendre sur des sites, à les identifier. Mais cela ne durera pas non plus.

Il fait malheureusement peu de doute, sauf revers extraordinaire à venir, que le fascisme gagne prochainement nos contrées. Soit sous la forme de partis clairement identifiés comme le Front National de Marine Le Pen, soit sous la forme de droites dites « démocratiques » ou « républicaines » (et j’inclus dans cette définition toute formation politique embrassant l’économie de marché, donc le Parti dit « socialiste »), qui préféreront s’aligner sur la bête immonde plutôt que de risquer de mettre en péril leurs intérêts et ceux de leurs amis. Ils ont d’ailleurs déjà commencé leur mutation.

Le Monde les marchés se portent bien Bannon raciste Sarko Trump

N’oublions pas non plus que la quasi totalité des médias français appartiennent à nos opérateurs téléphoniques et à nos fournisseurs d’accès à Internet, qui ont un intérêt premier à conserver de bonnes relations avec l’Etat, et vice versa, pour assurer la pérennité de leurs licences. Free et SFR Numéricable, à l’instar de Google, seront-ils dans l’équipe de transition de la France brune? Que restera-t-il de notre accès en ligne à l’information?

Nous allons devoir nous résoudre à nous voir et à échanger physiquement, même si à l’ère digitale cela peut nous paraître presque effrayant, et si à l’ère du fascisme cela peut devenir véritablement dangereux.

Et si on se trompe, il y a plus grave que d’être agréablement surpris.

Mais au moins, soyons extrêmement vigilants.

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