La fin du monde, une rétrospective
                                                                            

Le transmédia dans quelle étagère?

ou, La montée de l’insignifiance 2
carrefours exponentiels du labyrinthe interactif

Si vous vous lancez dans le transmédia (ce qui serait un peu bizarre) ou si, plus probablement, cela fait dix ans que vous vous lancez dans le transmédia (ce qui revient finalement au même), vous avez deux gourous. On en a temporairement perdu un, mais on finira bien par le retrouver, c’est la loi des structures de pouvoir dans les médias hexagonaux. Il ne vous reste donc pour l’instant que Michel Reilhac.

Le problème, c’est que vous ne comprenez rien à ce que dit Michel Reilhac. C’est chiant. Tout d’abord, pas d’inquiétude: personne n’y comprend rien. Moi-même, je n’y comprends strictement rien. Mais comme je n’ai aucune éthique communément répertoriée, je m’arroge le droit d’interpréter Michel Reilhac, un peu comme si j’interprétais — mettons, je ne sais pas, Beethoven au pipeau.

Donc, à mon sens, les gens qui tentent de comprendre Michel Reilhac commettent toujours la même erreur: ils supposent qu’il leur parle de la réalité alors qu’il leur raconte en fait son dernier Live Action Role Playing Game (LARP, en français: jeu de rôles grandeur nature). Pour ceux qui ne seraient pas familiers du concept de LARP, il y en a trois types. Le LARP dit européen, qui consiste principalement à gambader dans la forêt de Brocéliande avec une épée en mousse déguisé en nain; le LARP russe, qui consiste principalement à terminer aux urgences à cause d’épées pas en mousse; et enfin le ReilhARP, qui consiste principalement à gambader dans le transmédia armé d’abstractions ce que, dans notre jargon technique un peu ardu de spécialistes de l’interactivité participative, nous appelons des concepts en mousse.

Il faut savoir que le contexte des ReilhARPs est plus souvent des chalets dans les montagnes que la forêt de Brocéliande. Ils s’autofinancent en attirant des gens qui se lancent depuis dix ans dans le transmédia — vous — dans des chalets voisins, pour le seul plaisir de l’édification provoquée par le feu d’artifice d’abstractions qui, l’espace de quelques jours, illumine les cieux alpins.

Poussant l’interactivité à son extrême, Michel nous raconte donc son dernier ReilhARP sous forme de Powerpoint, qu’il a la bonté de mettre à la disposition des masses:

Si vous n’avez pas bien suivi la démonstration imparable — c’est pour cela qu’elle n’est pas interactive, puisqu’elle va de soi — et même si je n’ai pas du tout l’habitude de faire de l’auto-promotion, je vous recommande vivement la lecture de mon dernier livre.

 

PS: je n’ai rien personnellement contre Michel Reilhac que je trouve d’ailleurs plutôt sympathique. Mais ça me fait penser à cette phrase de Banksy: « Ce que je déteste le plus dans la publicité, c’est qu’elle attire tous les gens intelligents, créatifs et ambitieux et qu’elle nous laisse avec, principalement, les esprits lents et autocentrés, qui deviennent nos artistes. » Si les rares personnalités un peu flamboyantes qui restent dans ce monde formaté se mettent à faire des présentations Powerpoint, je crois que tout est foutu.