La fin du monde, une rétrospective
                                                                            

Pourquoi Pif?

On est tous un peu épuisés. Emotionnellement et idéologiquement. D’avoir défilé derrière Viktor Orban, Ali Bongo et Netanyahu au son de « Merci la police » pour le journal créé par Cavanna. Y en a qui ont bien fait de crever plus tôt.

Et donc, je me suis demandé, dans ce contexte, qui peut bien n’avoir rien d’autre à faire que de regarder mon documentaire sur Pif Gadget? A part peut-être pour se changer les idées (ce qui est fort compréhensible), parce que Pif semble bien éloigné de Charlie Hebdo.

Pourtant Pif est l’héritier direct de la presse jeunesse laïque d’avant-guerre. Née en réaction à ce qu’on proposait aux enfants à l’époque. Une presse antiraciste, anticolonialiste, antimilitariste et surtout viscéralement anticléricale.

Tract distribué dans les églises en réponse à la sortie de "Vaillant"

Tract distribué dans les églises en réponse à la sortie de « Vaillant »

L’ancêtre de Pif s’est appelé « Vaillant » pour tenter de siphonner le lectorat du journal catho « Cœurs Vaillant », qui était sous le coup d’une interdiction de paraître à la Libération. Pour cause de collaboration — incroyable… Les religions proches des fachos et des bruits de bottes… « Vaillant » c’était enlever la merde qu’on avait mise dans la tête des mômes sous Vichy.

Pif, avec ses défauts, ouvrait l’esprit de ses lecteurs à la science et à la raison. Pour contrer le sabre, le goupillon et toute autre déficience mentale majeure répertoriée. Ses fondateurs auraient pu, eux à juste titre, dire qu’ils étaient un peu Charlie. Et qu’ils ont sans aucun doute formé des générations de lecteurs à lire ou même à faire des journaux de ce type.

On s’interroge aujourd’hui sur l’école, les parents et la transmission des valeurs. On oublie souvent la culture. La formation des nouvelles générations c’est aussi un bain culturel général dans lequel trempe une société. Pif était un journal de BD pour enfants mais c’était un journal de combat, car il permettait aux enfants des classes populaires d’accéder à de la bande dessinée de qualité, à des outils pédagogiques qu’ils n’auraient jamais pu s’offrir sinon, tout en leur transmettant des valeurs de partage, de vivre ensemble, de méfiance à l’encontre des gourous et leaders de tous poils, qui les ont probablement inconsciemment marqués pour leur vie entière.

Le concept est certes révolu. La presse jeunesse est un objet du passé. Mais sur le fond, l’absence d’équivalent de Pif (entre autres, bien sûr) pour les enfants des cités est malheureusement d’actualité.

Alors maintenant on fait quoi?

Apparemment, selon notre président, les soldes.