La fin du monde, une rétrospective
                                                                            

Quelques précisions sur André Limansky (première partie)

Comme le personnage d’André Limansky, concepteur de la formule « Pif Gadget », semble avoir fasciné tout le monde, voici quelques informations supplémentaires sur ce personnage plutôt hors du commun.

André Limansky, 1969

André Limansky, 1969

André Limansky naît en 1927. Dix ans plus tôt son père Ignat Limansky, colonel cosaque du Kouban, fuit la Russie où il a perdu un fils, et s’installe à Rouen comme chauffeur de taxi, « contraint à troquer les pur-sang contre des chevaux-vapeur » dit la presse normande.

Article dans la presse locale normande sur le père, Ignat Limansky.

Article dans la presse locale normande sur le père, Ignat Limansky.

A l’âge de 13 ans, André Limansky rêve d’aventures:

Partir! Partir! Loin de notre vieille Europe: lutter contre la féroce nature africaine! Goûter de la jeunesse turbulente des Américains! Savourer les splendeurs de l’Orient!

Un jeune homme bronzé, vêtu de blanc, donne des ordres à cinq noirs qui s’empressent de lui obéir: c’est moi. Je suis en pleine AOF. […] Et j’essuierai des attaques, et je me perdrai, et je verrai la mort de bien près, ô beaux rêves, goût du risque! Que ne donnerais-je pas pour connaître le nom de celui qui a dit si justement: “le risque est le sel de la vie”!

Puis mon imagination me fait franchir des milliers de kilomètres. Est-ce assez de l’Afrique? Non! Le monde est à moi!

[…] Ne goûterai-je jamais de l’âcre saveur des grandes forêts d’Afrique? Ne chevaucherai-je jamais dans les vastes pampas? Je voudrais mourir dans le parfum des fleurs d’une île du Pacifique. Voyons, réagissons, oui je peux goûter de tous ces bonheurs mais ce sera le travail et non le hasard qui m’apportera cette joie de vivre. Au travail, pour gagner l’avenir.

Première page de la rédaction de 4ème du petit Limansky

Première page de la rédaction de 4ème du petit Limansky

Pourtant c’est d’abord le hasard qui va amener l’aventure à lui. En 1943, fuyant la France occupée, son père l’embarque sur un bateau à destination de l’Amérique latine. Ce périple les conduit au Mexique, en Bolivie et au Brésil. Au Mexique, il rencontre Joachin Hernandez, le futur « roi du pois sauteur » avec qui il restera ami toute sa vie. En Bolivie, il fait du trafic de dynamite à dos de mule et rencontre Che Guevara qui a tout juste un an de moins que lui.

Joachin Hernandez (gauche), André Limansky (droite), et leurs épouses

Joachin Hernandez (gauche), André Limansky (droite), et leurs épouses

De retour en France après la guerre, il vit de petits boulots, vend des timbres au porte à porte, et rencontre sa future épouse. Et il repart, cette fois engagé en Indo. Il y écrit un roman sous pseudonyme et revient à nouveau en France.

Limansky en Indo

Limansky en Indochine

Lorsqu’il demande la main de sa Dulcinée, le père de celle-ci lui donne son accord s’il se décide enfin à cesser ses activités un peu… troubles. Après un passage comme apprenti menuisier puis par les assurances tout en suivant des cours aux Langues’O, il entre aux éditions Rouge et Or, s’occupe du salon de l’enfance, puis chez Dargaud. Avec René Goscinny, un ami très proche qu’il a même hébergé un temps à son retour à Paris, ils conçoivent ensemble la formule de « Pilote ».

Mais il est avant tout en charge des ventes internationales. Car André Limansky parle sept langues et quatre dialectes indochinois. Il s’occupe des ventes internationales de Tintin. Pour l’anecdote, Limansky dispose d’un passeport libanais, car c’est le passeport qui permet à l’époque le plus facilement de passer un maximum de frontières.

En 1963 il intègre Hachette, en charge des Bibliothèques vertes et roses et de leur promotion à l’international. Il développe le concept du livre de poche, n’en tire aucun crédit (ce n’est jamais sa préoccupation, semble-t-il), puis en 1967 il est recruté par les éditions Vaillant pour relancer le « Journal de Pif » déclinant. Limansky accepte à la condition d’obtenir une autonomie complète pour le développement commercial.

Il explique à la direction que pour ce qu’il souhaite faire, il faut qu’il constitue une « équipe de mercenaires ». Lorsqu’en 1968, le directeur de l’époque lui montre un CV qui traîne sur son bureau, Limansky regarde la photo de Gilles Heylen, son futur directeur des ventes, et s’exclame: « il a une vraie tête de Harki, c’est exactement le genre de types qu’il me faut! ».

Une belle tête de Harki, dans son bureau des éditions Vaillant.

Une belle tête de Harki, dans son bureau des éditions Vaillant.

 

A suivre…