La fin du monde, une rétrospective
                                                                            

Roman graphique intimiste

Mon chat a pété le vase de la voisine.

Il semble que ce soit l’événement le plus important qui ait marqué sa vie, et peut-être celle de tout Ménilmontant — ou juste en deuxième place, talonnant la Commune. On en est à environ 25 pages de correspondance sur les chats voyous et des considérations hautement philosophiques sur la valeur émotionnelle des objets qui se traduit, à l’aide d’une table de correspondance adaptée au système dans lequel nous vivons, en tunes.

Comme je suis français et résolument inscrit dans les tendances de mon époque, je pense en faire un roman graphique d’au moins 500 pages, sensible, qui mettra à nu mes fragilités mais, attention! drôle, aussi — la spécificité française, hein, on pleure, mais on rit à la fois — vous apprendrez tout sur mes blessures psychologiques (pleurs) et les marques de croquettes (rires). Ça s’appellera — je sais pas, « la banalité de la guerre de voisinage ordinaire » ou « le combat du dessinateur dont le chat a mangé le crayon et qui n’a pas le temps d’aller à Graphigro ». Tout sera dessiné avec une ligne claire (BD rigolote) un peu tremblante (sensible). Vous pourrez l’offrir à votre tante sans crainte, pour lui prouver à elle qui a toujours trouvé que c’était un truc pour les mômes et les attardés, que la bande dessinée française est devenue, enfin, adulte (chiante). D’ailleurs vous lui expliquerez que ce n’est pas vraiment, à proprement parler de la « bande dessinée ». Non, c’est plutôt un « roman graphique ». Car fort heureusement, il n’y a pas que vous qui avez été considéré comme un attardé par votre famille, les auteurs de bandes dessinées romans graphiques aussi ont des complexes et des problèmes de légitimité. Du coup ça tombe bien, ça vous arrange avec tata, qui va se mettre illico aux romans graphiques.

Je vous préviens tout de suite, il n’y aura pas vraiment de fin. Je descendrai les poubelles et ferai des considérations sur le tri sélectif, un truc comme ça, une fin ouverte et concernante — on est tous humains avec nos complexités et nos peurs du réchauffement climatique si on se trompe de bac. Normalement la critique va adorer, s’extasier sur le Génie français, par opposition aux Anglo-saxons laborieux et industrieux, qui emploient leur temps de monstres froids lamentables à travailler leurs scénarios. Misère.

l'affaire du vase

Je vous laisse, je vais chez Darty, ma machine à laver est en rade. Mais je vous en parlerai en détails pénibles une autre fois.